Manifestations à Nyabizan au Cameroun : Biya serait-il pire que le dictateur Obiang ?

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En tant que journaliste épris de justice et hostile au régime népotiste de Malabo, j’ai souvent pensé qu’il n’y avait rien de pire que de vivre sous la botte de la famille Obiang. Un régime cynique, champion de la mal gouvernance et de l’enrichissement illicite, où le peuple croupit dans une misère qui fait honte à notre continent. Mais les nouvelles venues du pays voisin, le Cameroun, m’amènent à me poser une question qui m’aurait semblé absurde il y a encore peu de temps : Paul Biya a-t-il atteint un degré de déchéance encore plus profond que notre dictateur ?

Par OLBIF

La réponse se trouve peut-être à Nyabizan, un village du sud du Cameroun. Les habitants y ont protesté avec une rare ferveur en bloquant la route pour empêcher la tenue d’un méga-meeting du RDPC, le parti au pouvoir. La raison de leur colère ? Ils vivent depuis six mois sans électricité, alors même que leur village abrite la centrale hydroélectrique de Menve’ele, une infrastructure construite pour alimenter d’autres régions du pays. Un paradoxe qui en dit long sur la gestion du Cameroun.

Leur message aux autorités de Yaoundé est une humiliation qui devrait résonner jusqu’au palais d’Etoudi : « Le 12 octobre 2025, pas de route, pas d’électricité, pas de vote dans notre canton » et surtout, ce qui m’interpelle en tant que Guinéen, « Si le Cameroun ne veut plus de nous comme citoyens, la Guinée Equatoriale voisine nous attend à bras ouverts ». Qu’un peuple camerounais, vivant à côté de la centrale électrique, en arrive à considérer le régime autocratique d’Obiang comme une meilleure alternative pour accéder à la lumière, c’est le verdict le plus terrible qui puisse être rendu contre la gouvernance de Paul Biya.

La longue tribune que je vous ai adressée sur «la honte démocratique» de nos deux pays prend aujourd’hui une dimension dramatique. Teodoro Obiang, au pouvoir depuis 1979, a verrouillé notre pays avec un règne de terreur et de népotisme. En face, Paul Biya, doyen des chefs d’État africains, s’accroche lui aussi à son siège depuis 1982. Tous deux ont fait des élections une parodie, et tous deux ont amassé des richesses pour leur entourage, tout en laissant leurs peuples dans le dénuement. Nous avons ici deux visages de la honte démocratique en Afrique, mais ils n’opèrent pas de la même manière.

La dictature d’Obiang est brutale et assumée. La corruption, le népotisme et la répression sont le socle visible du système. Paul Biya, quant à lui, dirige un État qui a toutes les apparences de la normalité – des élections, des institutions, une presse – mais dont l’inefficacité est telle que l’État s’effondre de l’intérieur. Le fiasco de Nyabizan n’est que la pointe de l’iceberg de cette déliquescence, qui laisse des villages entiers sans électricité tandis que des milliards sont dilapidés. C’est l’image d’un pouvoir qui non seulement réprime, mais abandonne son propre peuple.

Alors, qui est pire ? Un dictateur qui ne se cache pas de voler la richesse du pays ou un président qui, sous un vernis de légalité, laisse les fondations de son pays se désagréger ? Si les peuples eux-mêmes se demandent s’ils ne seraient pas mieux ailleurs, même chez un voisin qui n’est pas un modèle de démocratie, c’est que le bilan est catastrophique. Le cri de désespoir de Nyabizan est un terrible miroir pour Paul Biya : l’échec de la gouvernance peut être une humiliation plus profonde que la tyrannie.

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