Nkoantoma : Une messe pour les morts, un chèque en blanc pour les coupables

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Cinq ans après les explosions apocalyptiques de Bata, le régime de Malabo s’offre une mise en scène indécente. Entre messes de requiem et défilés militaires, Nguema Obiang Mangue, héritier d’une dynastie insatiable, tente de masquer sous des couronnes de fleurs la responsabilité criminelle d’une gestion clanique des armées. Retour sur une commémoration qui sonne comme une insulte à la misère d’un peuple trahi par ses propres dirigeants.

Par OLBIF

Le 7 mars 2021, la terre de Bata tremblait, non pas par la volonté de la nature, mais par l’incurie des hommes. Ce samedi, pour le cinquième anniversaire de ce que notre confrère AHORA EG qualifie de « plus grande tragédie subie par le pays », le décorum était planté à la caserne de Nkoantoma. Mais ne nous y trompons pas : là où le peuple cherche la justice, le régime ne propose que du folklore.

Le « Prince » et la rhétorique du vide

Présidant cette cérémonie, on retrouvait Nguema Obiang Mangue, plus connu pour ses frasques mondaines que pour sa rigueur stratégique. Celui que le protocole oblige à appeler Vice-président s’est fendu d’un discours mielleux. Selon AHORA EG, il a adressé un « message de force, de solidarité et de soutien moral ». Comme le dit un proverbe de chez nous : « La main qui donne l’aumône est souvent celle qui a d’abord volé le pain. »

Comment oser parler de « douleur d’un peuple » quand on sait que ce drame est le fruit direct de la négligence criminelle dans le stockage des explosifs ? En science politique, on appelle cela un « État prédateur », où les infrastructures militaires ne servent qu’à protéger le trône de Teodoro Obiang Nguema, au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires pour les civils environnants.

Une liturgie pour étouffer les comptes

La cérémonie a débuté par une messe de requiem célébrée par l’évêque d’Evinayong. Si l’Église prie pour le « repos éternel des âmes », le pouvoir, lui, prie pour l’amnésie collective. Cándido Nkogo Engono, le subalterne de la Défense, a égrené la liste des défunts. Un moment de recueillement ? Non, une stratégie de dilution de la responsabilité. Comme l’écrivait Max Weber, l’État dispose du « monopole de la violence légitime », mais à Malabo, ce monopole se transforme en une irresponsabilité généralisée.

Le « fils à papa » du régime a déclaré, cité par AHORA EG, que « le cœur des Équatoriens souffre encore ». Certes, mais il souffre surtout de voir les richesses pétrolières s’évaporer dans les poches de la « clique de Mongomo » pendant que les victimes de Nkoantoma attendent toujours de vraies indemnisations et une reconstruction transparente.

Le monument de l’hypocrisie

Le clou du spectacle fut le dépôt d’une couronne de fleurs sous la pluie. Notre source s’extasie sur ce geste, soulignant les « applaudissements des personnes présentes ». Quelle mascarade ! En sociologie du pouvoir, ce type de mise en scène vise à sacraliser le chef pour masquer ses failles. Le monument du 7M, censé « lutter contre l’oubli », ressemble davantage à un mausolée pour enterrer définitivement les enquêtes indépendantes que le peuple réclame.

Le défilé militaire qui a suivi, avec les unités de terre, de l’air et de la marine, n’était qu’une démonstration de force inutile. Pourquoi défiler quand on a été incapable de protéger ses propres soldats dans leurs chambrées en 2021 ? « Le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de vaincre ce qui est injuste », disait Nelson Mandela. Ici, le courage manque cruellement à ceux qui commandent.

L’unité du loup et de l’agneau

En exhortant le peuple à « préserver son unité et son espoir », Nguema ne fait que recycler la vieille rhétorique des dictatures en déclin. L’unité qu’il prône est celle du silence. Dans cette zone d’Afrique centrale où les intérêts des citoyens sont bafoués de Libreville à Malabo, ce cinquième hommage n’est qu’une couche de vernis supplémentaire sur un édifice en ruine.

Cinq ans après, les chiffres officiels restent flous et les responsables haut placés courent toujours, ou plutôt, ils paradent en uniforme de gala. Le peuple, lui, reste avec ses morts et sa misère, observant ce théâtre d’ombres où les bourreaux se déguisent en pleureuses.

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