
Cameroun : Le Parlement valide la «succession gré à gré» par la création d’une Vice-présidence
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Au Cameroun, le régime vieillissant de Paul Biya vient de franchir le rubicon de l’indécence constitutionnelle. En instaurant un poste de vice-président nommé, la machine à broyer du RDPC écarte définitivement le peuple de la trajectoire du pouvoir. Entre complicité parlementaire et simulacre de légalité, cette réforme consacre une succession dynastique qui ne dit pas son nom, enterrant les derniers espoirs d’une alternance démocratique réelle.
Par notre correspondant Ernesto NCHAMA, à Yaoundé
Samedi 4 avril 2026. Sous le soleil de Yaoundé, dans un Palais de Verre plus opaque que jamais, les marionnettes législatives du régime ont achevé leur triste besogne. Le verdict est tombé comme un couperet sur la gorge de la démocratie, 200 voix pour, 18 contre. En moins de 30 minutes, le « Congrès » a validé la création d’un poste de vice-président, taillé sur mesure pour garantir la survie d’un clan qui confond le Trésor public avec son portefeuille personnel.
Comme le dit un proverbe de chez nous : « Quand le singe veut monter au sommet de l’arbre, il commence par s’assurer que les branches sont solides. » Ici, Paul Biya consolide ses branches pour que le saut vers l’« héritier » se fasse sans l’avis du propriétaire de la forêt, le peuple.
Un « dauphin administratif » nommé par décret
Cette réforme n’est rien d’autre qu’un « naufrage constitutionnel », pour reprendre les mots de l’opposant Maurice Kamto. Désormais, ce n’est plus le président du Sénat qui assure l’intérim, mais un « élu de Dieu » — ou plutôt un élu de Biya. Pour la députée Ngo Issi, le constat est cinglant : « Il ne s’agit pas d’un représentant du peuple mais d’une créature de l’exécutif, d’un héritier hors de tout contrôle citoyen ».
En science politique, on appelle cela la « capture institutionnelle ». On verrouille les accès pour que rien ne change. Rebecca Enonchong l’a bien résumé sur les réseaux sociaux : le régime installe un système où le président « nommera son vice-président, qui pourra ensuite nommer son vice-président… Le même régime pour la perpétuité. » C’est la définition même de la monarchie déguisée.
Le mépris des « valets » de Malabo et Yaoundé
Au banc des accusés, on retrouve les habituels serviteurs du système. Le ministre de la Justice, Laurent Esso, et celui du Travail, Grégoire Owona, ont osé parler de « fonctionnalité » et de « transition sereine ». Quelle sérénité y a-t-il dans le vol du destin d’une nation ? Jean Michel Nintcheu a eu raison de fustiger cette « dérive monarchique ». On ne peut invoquer la discipline de parti pour cautionner une telle forfaiture.
Même au sein de la majorité, certains commencent à sentir l’odeur du brûlé. Le doyen René Ze Nguele a lâché une vérité qui dérange : « La précipitation avec laquelle vous conduisez cette réforme est suspecte. […] On n’a plus de démocratie. »
L’alternance sous perfusion
Pour Cyrille Rolande Béchon, de Nouveaux Droits de l’Homme, ce texte est vide de contenu. C’est une « mascarade totale » dont l’unique but est de contrôler l’inévitable fin de règne.
Comme dans ma Guinée Équatoriale natale, où les intérêts du peuple sont bafoués au profit d’une élite népotiste, le Cameroun s’enfonce dans la nuit. Mais que ces tyrans se souviennent : « Le bois a beau séjourner dans l’eau, il ne deviendra jamais un caïman. » On peut maquiller une dictature en démocratie par des lois votées à la va-vite, la réalité de la misère populaire, elle, finira toujours par rattraper les imposteurs.









