
Guinée Equatoriale : La CEMAC mendie ses propres sous
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Alors que les somptueux palais de Malabo cachent mal la misère noire du peuple équato-guinéen, le Parlement de la CEMAC, réuni en terre de dictature, tente un baroud d’honneur désespéré. Face à des caisses vides et des États membres passés maîtres dans l’art de l’esquive budgétaire, l’institution brandit la menace de sanctions. Une gesticulation administrative qui peine à masquer l’échec structurel d’une intégration de façade.
Par OLBIF
Le décor était planté le 2 mars dernier dans une Malabo aseptisée pour l’occasion : des dorures, des cortèges rutilants et, au milieu de ce faste insultant, des députés communautaires qui réalisent enfin que l’orchestre du Titanic continue de jouer alors que la coque est brisée. Selon les informations rapportées par Direct Infos Gabon, le Parlement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a « serré la vis » lors d’une session qui sentait la fin de règne.
Sous la direction du Gabonais Alexandre Awassi, l’un de ces dignitaires qui gravitent dans les hautes sphères sans jamais croiser le regard du petit peuple, les parlementaires ont validé à l’unanimité un rapport annuel 2025 qui ressemble davantage à un acte de décès qu’à un bilan de santé. Comme le souligne la source, l’enjeu est désormais la « survie financière » d’une organisation exsangue.
La faillite morale des « mauvais payeurs »
La réalité est brutale : la CEMAC est en cessation de paiement. Les chiffres donnent le tournis et illustrent le mépris souverain des chefs d’État pour l’intérêt collectif. La communauté croule sous des arriérés colossaux, estimés à plus de 263 milliards de FCFA. Ce trou béant est lié au non-reversement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI).
« Avec moins de 60 % de recouvrement, plusieurs projets sont au ralenti », précise Direct Infos Gabon. En d’autres termes, l’argent qui devrait construire des routes transfrontalières ou financer des projets de développement s’évapore dans les poches percées des régimes népotistes. La République centrafricaine, le Cameroun et le Congo sont pointés du doigt comme les « plus gros débiteurs ». Chez nous, en Guinée équatoriale, où le clan Obiang traite le Trésor public comme un compte épargne familial, le silence sur nos propres arriérés est assourdissant.
En politique, « quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt ». Ici, nos dirigeants regardent leurs intérêts personnels pendant que l’institution communautaire se meurt. Comment exiger de la rigueur quand le sommet de l’État est le premier exemple de l’enrichissement illicite ? Comme le disait Machiavel : « Il n’y a pas de lois là où il n’y a pas de bonnes armes. » Et les armes de la CEMAC, jusqu’ici, étaient en carton.
Le « prélèvement automatique » : Le remède de la dernière chance ?
Face à cette paralysie, le Parlement s’appuie sur le travail de la Commission des affaires institutionnelles, conduite par Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, pour exiger l’application de mesures de rétorsion. Le message est « limpide », nous dit Direct Infos Gabon : il faut forcer la main aux retardataires.
Le mécanisme proposé est « musclé » : un prélèvement automatique directement sur les comptes des États logés à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC). « En clair, si un pays ne paie pas, la banque récupère l’argent sans attendre », explique la source gabonaise. À cela s’ajoutent des menaces de « suspension du droit de vote » et une mise à l’écart des activités communautaires.
Mais qui osera braver la colère d’un Paul Biya ou d’un Denis Sassou-Nguesso ? La Commission aura-t-elle le courage d’« appuyer sur le bouton », s’interroge avec justesse l’article original ? Dans une région où la solidarité entre autocrates prime sur le droit, on peut en douter. Un proverbe de chez nous dit : « Le chien ne mord pas l’os qu’on lui a jeté. » Or, la plupart de ces fonctionnaires internationaux doivent leur poste au bon vouloir de ces mêmes chefs d’État qu’ils sont censés sanctionner.
Une crédibilité en lambeaux
La CEMAC ne souffre pas seulement d’un manque de liquidités ; elle souffre d’un déficit de légitimité. Pour le citoyen de Malabo, de Douala ou de Bangui, cette institution n’est qu’un club de privilégiés qui se réunit pour voter des résolutions stériles pendant que l’inflation galope et que les libertés reculent.
Max Weber définissait l’État par le monopole de la violence légitime. La CEMAC, elle, semble n’avoir le monopole que de l’impuissance. Ce « coup de sang » parlementaire est peut-être le signe d’un réveil, ou plus probablement l’ultime soubresaut d’une entité qui n’a jamais su servir les peuples, préférant servir les trônes.
Si la Commission ne passe pas des paroles aux actes, la CEMAC ne sera bientôt plus qu’un acronyme vide de sens, une coquille creuse balayée par l’histoire. Il est temps que l’argent du peuple serve au peuple, et non à l’entretien des clientèles politiques qui déshonorent l’Afrique centrale.







