BVMAC : 142 millions de la BAD pour réanimer une bourse régionale délaissée par les États

Share your love

Alors que les palais de Malabo et d’ailleurs s’empiffrent de rente pétrolière, la BEAC tente de réanimer, à coups de millions de la BAD, une bourse régionale moribonde. Ce 17 mars 2026, l’institution monétaire a lancé un appel pour financer l’entrée de quatre entreprises à la BVMAC. Une goutte d’eau cosmétique dans un océan de mauvaise gouvernance où les intérêts du peuple restent, comme toujours, à quai.

Par OLBIF

Le rideau se lève une nouvelle fois sur la tragi-comédie financière de notre sous-région. Ce mardi 17 mars 2026, la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), dont le siège trône dans un Yaoundé indifférent à la misère équato-guinéenne, a officiellement lancé un appel à manifestation d’intérêt. L’objectif affiché ? Sélectionner quatre entreprises, oui, seulement quatre !, pour leur offrir gracieusement leurs frais d’introduction en bourse.

Selon la source Investir au Cameroun, ce dispositif est pompeusement qualifié de « mécanisme incitatif ». En réalité, c’est un aveu de faiblesse cinglant. On tente de séduire des sociétés qui boudent une Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) aussi profonde qu’une flaque d’eau après une averse à Malabo. Pour espérer cette aumône, les candidats doivent déposer, au plus tard le 30 avril 2026 à 15 h 30, une montagne de paperasse : lettres de demande, états financiers certifiés des trois dernières années et surtout, un engagement à se faire coter.

Un pansement sur une jambe de bois

Ce sauvetage de dernière minute ne vient même pas de nos propres réserves, dilapidées par les clans au pouvoir. C’est le Projet d’appui au marché financier d’Afrique centrale (Pamfuac), gracieusement financé par la Banque africaine de développement (BAD), qui régale. La somme de 142,9 millions de FCFA a été provisionnée pour « encourager les entreprises à se faire coter », rapporte la source.

On croit rêver. Pendant que Teodoro Obiang Nguema et ses courtisans accumulent des fortunes illicites au mépris du peuple, les institutions régionales mendient auprès de la BAD pour financer des infrastructures de marché que personne n’utilise. Comme le disait si bien le sociologue Max Weber, l’État devrait avoir le monopole de la violence légitime, mais dans notre zone CEMAC, il semble surtout avoir le monopole de l’inefficacité organisée.

15 entreprises fantômes pour un marché en berne

Le plus grand scandale reste la liste des «disparus«. Depuis 2018, les six États de la CEMAC s’étaient engagés à identifier des entreprises publiques pour dynamiser la cote. Résultat ? En 2020, une liste de 15 entreprises publiques et parapubliques a été annoncée en fanfare. Six ans plus tard, le constat est accablant : aucune concrétisation d’envergure. Cinq pays ont dévoilé des noms, mais les dossiers prennent la poussière dans les tiroirs ministériels.

Pourquoi ce blocage ? La réponse est politique, pas économique. Introduire une entreprise publique en bourse, c’est accepter la transparence, la certification des comptes et le regard des actionnaires. Or, la transparence est l’ennemi mortel des régimes népotistes qui voient dans les sociétés d’État des tirelires personnelles. « La maladie ne prévient pas, mais elle choisit souvent son heure », dit un proverbe de chez nous. L’heure de la vérité financière a sonné, mais nos dirigeants préfèrent rester sourds.

La BEAC prétend vouloir « lever l’un des freins pratiques » à l’accès au marché. C’est occulter le frein principal, le manque de confiance total des investisseurs envers des institutions pilotées par des amis du pouvoir. Un marché financier ne se décrète pas à coups de subventions de la BAD ; il se construit sur l’État de droit, un concept étranger à Malabo.

En fin de compte, cet appel du 17 mars n’est qu’une opération de maquillage pour crédibiliser un «marché unifié» qui n’existe que sur le papier. Tant que la rente sera captée par une minorité et que la gestion publique restera opaque, la BVMAC restera ce club privé pour initiés, loin, très loin des besoins réels des populations de la CEMAC.

Comparte tu aprecio
RadioMacuto
RadioMacuto
Artículos: 1448

Actualizaciones del boletín

Introduce tu dirección de correo electrónico para suscribirte a nuestro boletín

Deja un comentario

Tu dirección de correo electrónico no será publicada. Los campos obligatorios están marcados con *