Teodorin l’héritier de la cleptocratie, et Oligui le libérateur du Gabon, portraits croisés

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Alors que la campagne pour les prochaines élections présidentielles touche à sa fin, le candidat Brice Clotaire Oligui Nguema semble assuré d’être le prochain président élu du Gabon, fort du bilan des réalisations socio-économiques du CTRI depuis son avènement il y a moins de deux ans. Boycotté par Alain Claude Bilie Bi Nzé (dernier chef du gouvernement d’Ali Bongo et transfuge du PDG) et par Albert Ondo Ossa (candidat de l’opposition conjointe aux élections présidentielles ratées de juillet 2023), mais soutenu par l’ensemble des élites politiques et par les masses populaires, pour lesquelles il incarne la rupture avec le système cleptocratique des Bongo (qui a sévi au Gabon pendant 56 ans). Cependant, le brillant parcours d’Oligui suscite des questionnements au sein de l’opinion publique équato-guinéenne en raison de sa proximité avec le tyran Obiang, qui incarne (comme les Bongo au Gabon) la dégradation extrême du contexte politique et socio-économique de la Guinée Equatoriale après 46 ans de pouvoir. Dès lors qu’Oligui Nguema, chef de file des « Bâtisseurs », se veut un réformateur qui entend promouvoir un nouvel essor politique et rétablir le prestige international du pays voisin. De ce fait, les possibles répercussions de l’évolution politique récente du Gabon sur les relations bilatérales avec la Guinée Equatoriale méritent d’être évaluées.

La relation bilatérale et l’actuel contexte de tension diplomatique

Le différend frontalier sur l’îlot Mbanié constitue le point d’achoppement de la relation bilatérale entre les deux pays. En effet, au terme des délimitations territoriales léguées par le colonialisme, reconnues par l’ONU et ne suscitant aucune contestation, le Gabon est un Etat continental dépourvu d’extension insulaire. Alors que les îles et îlots situés au long de son littoral (dans la baie de Corisco) demeurent sous la souveraineté de la Guinée Equatoriale (dès lors que celle-ci succède à l’ancienne puissance coloniale espagnole). Néanmoins, la découverte d’importantes réserves d’hydrocarbures à Mbanié (tel que précédemment, sous souveraineté équato-guinéenne) entraine son annexion par le Gabon, qui entend désormais légitimer le fait accompli par la seule proximité géographique en vue de s’approprier lesdites réserves d’hydrocarbures. Dans cette perspective, le régime d’Omar Bongo soutient « l’Opération  Lion » qui porte au pouvoir son allié, le lieutenant-colonel Teodoro Obiang Nguema, le 3 août 1979, avant de se raviser et de soutenir secrètement l’opposant Severo Moto Nsa qu’il aimerait voir lui succéder. Pour sa part, Obiang initie une vaste opération de déstabilisation du Gabon en soutenant l’opposant André Mba Obame lors des élections présidentielles qui suivent la mort d’Omar Bongo en 2009. Obiang entretiendrait également, à ce jour, des contacts secrets avec l’opposant Albert Ondo Ossa (cf la détention de son émissaire Mike Jocktane).

En marge de la crise diplomatique suscitée par le différend frontalier sur l’îlot de Mbanié, la relation bilatérale est également ponctuée par de multiples incidents ayant trait au traitement dégradant infligé aux équato-guinéens résidant au Gabon (lié à la xénophobie qui caractérise le Gabon). La phobie des équato-guinéens étant (par ailleurs) liée à une forme de ressentiment généralisé à l’égard de l’ethnie fang (à laquelle appartiennent également les équato-guinéens), majoritaire au Gabon mais jusque-là marginalisée politiquement (cf la consigne du « tout sauf un fang ou TSF »).

Dans ce contexte délétère, et au terme du renversement d’Ali Bongo par la junte militaire dirigée par Oligui Nguema, le tyran Obiang Nguema promeut initialement la balkanisation du CTRI (en suspendant le Gabon de la CEEAC), avant de se raviser et d’adopter une attitude plus bienveillante à l’égard du président de la transition qui lui fera l’honneur de sa première visite officielle. A partir de laquelle le rapprochement entre les deux chefs d’Etat est de plus en plus étroit, au point qu’Obiang serait devenu le mentor d’Oligui, dont l’agenda politique apparait clairement calqué sur la méthode Obiang. Toutefois, depuis l’avènement du CTRI, Teodorin l’héritier de la dictature équato-guinéenne (et dirigeant de facto du pays en raison de la santé chancelante de son père) n’a eu de cesse, à travers une intense campagne sur les réseaux sociaux, de s’ingérer dans le processus électoral gabonais et d’exiger la reconnaissance de la victoire d’Albert Ondo Ossa aux élections présidentielles d’août 2023, dont les résultats proclamés par la commission électorale seront finalement invalidés par la garde républicaine regroupée au sein du CTRI.

Oligui Nguema et Nguema Obiang, deux destins qui se croisent

Tout oppose les deux hommes, l’éducation, la conception des relations familiales et sociales, le sens du devoir et du service à la Nation, la vision politique, etc. Pour sa part, Brice Clotaire Oligui Nguema naît le 3 mars 1975, d’un père enseignant d’ethnie Fang du Woleu-Ntem et d’une mère d’ethnie téké, originaire de la province du Haut-Ogooué (terre d’origine de la famille Bongo). Cette circonstance détermine son ouverture envers les autres et son aptitude au dialogue (ainsi, malgré son manque d’expérience, il a réussi à rassembler toutes les forces politiques du Pays derrière lui). Militaire de carrière formé à l’académie royale militaire de Meknès, au Maroc, et ayant suivi le stage du Centre d’entraînement commando en forêt équatoriale. Il est vite remarqué par la hiérarchie militaire de la garde républicaine et devient l’un des aides de camp d’Omar Bongo (comme jadis Teodoro Obiang Nguema fût l’aide de camp de son oncle Macias Nguema) et le restera jusqu’à sa disparition en juin 2009. Marié, polygame et père de famille, faisant volontiers montre de simplicité et d’empathie envers le petit peuple, depuis son irruption sur la scène publique, Oligui fait preuve de dévotion pour la cause du Peuple gabonais.

En contraste, la filiation biologique de Teodorin (né le 25 juin 1968 à Mongomo) avec Obiang n’est pas avérée. Ceci expliquant une relation exécrable avec la famille de ce père putatif, et avec l’ensemble de la fratrie qui comporte presqu’une centaine de membres. Parcours scolaire néant, échoue au baccalauréat français, avant de suivre un cours d’anglais à l’université de Pepperdine (Etats Unis d’Amérique) pendant deux mois… Il sombre par la suite (définitivement) dans la débauche, la drogue, les prostituées, les boîtes de nuit, etc. Général d’opérette nommé par décret par son père, il n’a jamais foulé une école militaire et ne jouit d’aucune légitimité au sein de la grande muette. Teodorin est simplement un pur cleptocrate à l’ancienne qui soumet et pille le Peuple pour sa jouissance personnelle, flambeur impénitent compensant en excès un profond complexe d’infériorité, sans attache familiale ni sociale (n’a ni épouse ni amis) dont la vie d’excès est constamment étalée sur les réseaux sociaux et dans les médias. Habitué des tribunaux du monde entier, il cumule les condamnations pour détournements et blanchiment de fonds publics. Un procès en cours initié par le MLGE, particulièrement en vue (Audiencia Nacional de Madrid, Espagne) révèle son véritable visage, celui d’un  tueur à sang froid qui traque et assassine les opposants et les dissidents jusqu’en Europe.

Oligui et Teodorin, deux visions diplomatiques contrastéess

Sur le plan international, Oligui a renoué les liens diplomatiques avec tous les partenaires du Gabon, et a engrangé le soutien de nombreux bailleurs de fonds désireux de participer au renouveau gabonais. Il a mis en place un partenariat privilégié avec les investisseurs français (forum économique co-organisé par l’ANPI-GABON et par le MEDEF en vue de renforcer les liens économiques, promouvoir le climat des affaires et identifier les opportunités d’investissement). Auprès de la quasi-totalité des instances internationales (ONU, UE, UA, CEMAC, CEEAC, etc), l’hyperactivisme diplomatique de Brice Clotaire Oligui Nguema a réussi à rétablir la crédibilité et la respectabilité du Gabon. En préservant les accords de coopération et les alliances diplomatiques, il a réussi à rassurer tous les partenaires internationaux. Une oeuvre qu’il entend parachever dès qu’il sera élu à la magistrature suprême.

Pour sa part, Teodorin manque de leadership et de vision internationale, il privilégie en ce sens les alliances de façade (sa récente visite aux présidents Touadéra et Oumarou Cissoko va dans ce sens) moyennant soutien financier. En privé, il entretient cependant certaines « amitiés » liées à son mode de vie dissolu et luxurieux, comme son amitié avec le roi Mswati III du Swaziland (partenaire des réjouissances sexuelles). Héritier de l’anti-occidentalisme primaire du régime, Teodorin cherche à contrer l’influence française en Afrique en prônant un panafricanisme anticolonialiste, en réaction à sa condamnation dans l’affaire des « Biens Mal Acquis » (pour détournement et blanchiment de fonds publics). En ce qui concerne l’Espagne, il tente d’entraver la poursuite de l’affaire portée devant l’Audiencia Nacional contre lui et son frère Carmelo Ovono Obiang (alias Didi) pour les faits d’enlèvement et assassinat de dissidents (en faisant pression sur le gouvernement ibérique). Il envisage également (grâce à ses liens dans l’ancienne métropole) de faire obstruction à toute action visant à donner de la visibilité à la dissidence guinéo-équatorienne.

En définitive, et de manière générale, la convergence des intérêts diplomatiques avec les pays précités (Etats Unis, France, Suisse, Espagne, etc), et avec ceux d’autres pays partenaires, tels que l’Afrique du Sud et le Brésil, sera assurément affectée par la persistance des affaires judiciaires intentées contre l’intéressé pour détournement et blanchiment de fonds publics, pour lesquelles il entend imposer un règlement politique. Ainsi, en vue de prévenir les risques d’un ostracisme diplomatique, Teodorin a souscrit un accord militaire stratégique avec la Chine et a entamé la construction d’une raffinerie modulaire adjacente à la base navale chinoise de Bata (qui constitue une menace pour la sécurité intérieure des Etats-Unis d’Amérique). Il a également renforcé la coopération militaire avec la Russie en engageant des mercenaires appartenant au groupe Afrika Corp. Ainsi, la continuité du régime (par la succession dynastique) est conditionnée par le renforcement du repli vers l’axe sino-russe.

Oligui le promoteur de la restauration de l’Etat gabonais, Teodorin l’artisan de la décadence politique de la Guinée Equatoriale

Bien qu’ayant fait l’objet de certaines critiques mettant en avant un relatif déficit de légitimité démocratique, les réformes institutionnelles conduites par le CTRI assurent néanmoins le Gabon d’une certaine stabilité politique et d’un renforcement de l’état de droit, nécessaires à la relance de l’économie et aux réformes sociales. La transition pacifique et sans heurts, d’une cleptocratie de 56 ans à un Etat républicain soucieux du bien-être des citoyens, n’a pas de précédent dans le contexte de la sous-région. En ce sens, elle honore le CTRI et en premier chef son leader Oligui Nguéma, ainsi que l’ensemble des gabonais. Ce faisant, par un effet miroir, la restauration d’un Etat républicain au Gabon suscite l’espoir dans une Afrique centrale en prise avec une profonde crise de gouvernance depuis la période de la post-indépendance. En ce sens, elle suscite inversement l’inquiétude des régimes, tels celui de Malabo, qui proscrivent la liberté politique et prônent la fuite en avant.

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