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Les compliments adressés par l’ONU à Malabo contrastent avec la réalité politique et sociale d’un pays verrouillé par le régime Obiang.
En visite à Malabo, le nouveau chef de l’UNOCA, Mohamed El-Amine Souef, a salué le rôle régional de la Guinée équatoriale et rendu hommage à l’action de Teodoro Obiang Nguema en faveur de la paix et de la sécurité. Un discours diplomatique qui tranche avec les rapports internationaux décrivant un pays marqué par la répression politique, la concentration du pouvoir et la corruption.
Par OLBIF
Le Palais du Peuple a une nouvelle fois servi de décor à une scène bien connue de la diplomatie africaine : poignée de main officielle, sourires protocolaires et compliments soigneusement pesés.
Mardi 25 août, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a reçu Mohamed El-Amine Souef, nouveau Représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique centrale et chef de l’UNOCA. Les discussions ont officiellement porté sur la diplomatie préventive, la cohésion sociale, la paix et la sécurité dans les onze pays de la CEEAC.
Mais c’est surtout une déclaration de l’émissaire onusien qui retient l’attention. Mohamed El-Amine Souef a affirmé que le chef de l’État équato-guinéen avait « beaucoup travaillé » au fil des années pour faire de son pays et de la région un espace de paix et de sécurité. Il a également souligné le rôle joué par la Guinée équatoriale dans les organisations régionales et continentales.
À Malabo, le message est évidemment reçu comme une reconnaissance internationale.
Un satisfecit qui passe mal auprès des défenseurs des droits
Le problème est que cette lecture diplomatique de la Guinée équatoriale entre en collision frontale avec celle de plusieurs organisations internationales.
Dans son rapport Freedom in the World 2026, Freedom House classe la Guinée équatoriale parmi les pays « non libres », avec un score de seulement 5 sur 100. L’organisation estime que les élections n’y sont ni libres ni équitables, que le pouvoir politique et les richesses pétrolières restent concentrés entre les mains de la famille présidentielle et que les autorités répriment régulièrement l’opposition, la société civile et les journalistes.
Human Rights Watch dresse, lui aussi, un tableau particulièrement sombre : corruption, pauvreté et répression continueraient de marquer le pays, tandis que des cas de torture, de détention arbitraire et de procès inéquitables sont régulièrement documentés.
Même le classement 2025 de Transparency International place la Guinée équatoriale au 172e rang sur 182 pays, avec un score de 15 sur 100 dans son indice de perception de la corruption.
Le paradoxe d’une diplomatie qui regarde ailleurs
C’est là tout le paradoxe de la visite de Mohamed El-Amine Souef.
L’UNOCA a pour mandat de contribuer à la prévention des conflits, à la stabilité et au dialogue politique en Afrique centrale. La rencontre avec les autorités équato-guinéennes s’inscrit donc dans la logique diplomatique de sa prise de fonction et de sa tournée sous-régionale.
Mais cette nécessaire courtoisie diplomatique ne devrait pas, selon les critiques du régime, se transformer en validation implicite du bilan politique de ceux qui gouvernent.
Car derrière les palais officiels et les communiqués soigneusement rédigés, une autre Guinée équatoriale existe : celle d’une opposition étroitement surveillée, d’une liberté d’expression limitée et d’une richesse pétrolière dont la répartition demeure au cœur des critiques internationales.
L’ONU face à son propre langage
Le nouveau patron de l’UNOCA n’a évidemment pas vocation à rendre un verdict sur le régime d’Obiang lors d’une visite officielle. Mais lorsque des mots comme « paix », « cohésion sociale » ou « rôle majeur » sont employés dans un pays que les principales organisations de défense des libertés classent parmi les régimes les plus fermés, la dissonance devient difficile à ignorer.
Pour Radio Macuto, le véritable enjeu n’est donc pas la visite de l’émissaire onusien à Malabo. C’est ce que la diplomatie internationale choisit de dire — et surtout de ne pas dire — lorsqu’elle se retrouve face à un pouvoir qui dirige la Guinée équatoriale depuis près d’un demi-siècle.
À Malabo, les compliments diplomatiques peuvent durer quelques minutes. La réalité politique du pays, elle, ne disparaît pas derrière les portes du Palais du Peuple.