Afrique Centrale : Au Cameroun, Biya reconduit avec un score historiquement bas, le peuple se lasse

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L’Afrique Centrale est-elle condamnée à l’immobilisme ? La question résonne avec une amère familiarité dans les rues de Malabo. Alors que notre propre pays, la Guinée Équatoriale, subit depuis plus de quarante ans le régime népotiste et kleptocratique de la famille Obiang Nguema, les nouvelles en provenance du Cameroun voisin sonnent le glas de tout espoir de renouveau. Ce 27 octobre 2025, le Conseil constitutionnel camerounais a, comme à l’accoutumée, officialisé la reconduction de l’inamovible Paul Biya. Au pouvoir depuis 1982, ce «sphinx» de 92 ans s’offre un huitième mandat consécutif, décroché avec un maigre 53,66 % des voix. Une triste ironie qui prolonge de sept ans le règne de l’un des plus vieux chefs d’État du monde, au mépris de la misère d’un peuple.

Une « victoire » qui révèle la lassitude populaire

Le chiffre de 53,66 % est lourd de sens. Il est le score le plus bas obtenu par Paul Biya depuis que le Cameroun a fait semblant d’embrasser le multipartisme au début des années 1990. Cette «victoire», chèrement acquise face à son concurrent direct, l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary, crédité de 35,19 % des suffrages, n’est qu’un voile mince jeté sur une réalité criante : le peuple camerounais, à l’instar des peuples d’Afrique Centrale, commence à se lasser de ces régimes éternitaires qui confisquent l’avenir.

La jeunesse camerounaise, tout comme celle de notre propre pays, voit ses ressources dilapidées par une oligarchie vieillissante. À Malabo, les revenus du pétrole sont détournés pour l’enrichissement illicite d’un clan au pouvoir depuis 1979, pendant que le peuple croupit dans l’indigence. À Yaoundé, la situation n’est guère différente. La réélection de Biya, loin d’apporter la «stabilité» célébrée par ses partisans, nourrit plutôt de « vives inquiétudes quant à l’état actuel de la démocratie au Cameroun », selon les opposants.

L’amertume et le rejet des résultats sont si palpables que la tension a culminé la veille de l’annonce. Des manifestations ont éclaté dimanche dans des villes emblématiques : Bertoua, Douala, Garoua et Yaoundé. Les manifestants sont courageusement descendus dans la rue pour « dénoncer les fraudes massives et honteuses » qui, selon eux, ont entaché le scrutin du 12 octobre 2025. Le bilan officiel est effroyable : les autorités font état d’une dizaine de morts et d’une trentaine de personnes arrêtées. Ces chiffres rappellent la brutalité de nos propres régimes, qui préfèrent écraser la voix du peuple plutôt que de la servir. Comme le dit si bien un proverbe Fang : « Quand la tête ne change pas, le corps tout entier s’enrhume ».

Du plébiscite à la parodie : l’histoire des scores de Biya

L’analyse des résultats électoraux de Paul Biya depuis 1984 n’est pas l’histoire d’une adhésion populaire, mais celle d’une mainmise progressive et implacable sur les institutions.

L’ère Biya a débuté par un mensonge arithmétique. Le 14 janvier 1984, sous le régime du parti unique, le candidat de l’Union nationale camerounaise (UNC) fut élu avec un score ubuesque : 100 % des suffrages, soit 3 878 138 voix. Une performance digne des pires dictatures.

Le vent de l’opposition a soufflé pour la première fois le 11 octobre 1992, avec l’introduction du multipartisme. Cette élection fut un véritable camouflet pour le pouvoir. Paul Biya remporte le scrutin avec un score étriqué de 39,98 % (1 185 466 voix) face à Ni John Fru Ndi du Social Democratic Front (SDF), qui obtient 35,97 % (1 066 602 voix). Une victoire volée, contestée, mais qui montrait la voie.

Le régime a ensuite appris à manipuler les règles du jeu. Le 11 octobre 1997, le boycott de l’opposition a offert sur un plateau une victoire massive de 92,57 % (3 167 820 voix), écrasant Henri Hogbe Nlend (UPC) à 2,5 % (85 693 voix).

Les scrutins suivants ont été des démonstrations de force, visant à intimider l’opposition. En 2004 (70,92 % des suffrages, soit 2 665 359 voix) face à Ni John Fru Ndi (17,40 %, soit 654 066 voix), en 2011 (77,99 % des suffrages) où l’organisme ELECAM est inauguré, et enfin en 2018 (71,28 % des voix, soit 2 521 934 voix) face à Maurice Kamto (14,23 %, soit 503 384 voix). Cette dernière réélection a eu lieu en plein cœur de la crise anglophone du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, dans un contexte d’accusations généralisées de fraudes.

La malédiction de la longévité pour les peuples

La reconduction de Paul Biya en 2025 n’est pas un cas isolé, mais un symptôme de la maladie qui ronge l’Afrique Centrale, de Yaoundé à Malabo. Dans nos pays, la mal-gouvernance et l’enrichissement illicite du clan au pouvoir sont la seule constante. La seule «stabilité» que ces régimes apportent est celle de la misère et de l’absence de perspectives pour la jeunesse.

L’historien et sociologue Achille Mbembe a parfaitement décrit cette pathologie : la «gérontocratie» africaine qui s’accroche au pouvoir. Le huitième mandat de Paul Biya est un rappel brutal de ce que nous vivons ici, en Guinée Équatoriale, où l’argent du pétrole finance le luxe insolent d’une famille au détriment de l’éducation, de la santé et des libertés du peuple.

Ce 53,66 % est un avertissement. C’est le signe que, même dans ces États où la répression est monnaie courante, les masques tombent. L’épuisement des peuples face à ces dictatures familiales et népotistes est palpable. Les voix qui se sont élevées à Bertoua, Douala, Garoua et Yaoundé sont celles des Camerounais, mais aussi de tous les Africains qui aspirent à une véritable alternance, au respect des droits de l’Homme et à une répartition juste des richesses. Ce huitième mandat du vieux Biya, obtenu dans la tension et la mort, n’est pas une victoire, mais le reflet d’un système qui craque et qui, par sa propre inertie, s’achemine vers une rupture inéluctable. La question n’est plus de savoir s’il y aura un changement, mais à quel prix il se fera.

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