Corridors sous tension : Yaoundé lâche du lest face à la fronde régionale

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Sous la pression constante des opérateurs économiques tchadiens et centrafricains, le pouvoir camerounais se voit contraint de suspendre le Bordereau électronique de suivi des cargaisons (BESC) sur les axes Douala-N’Djamena et Douala-Bangui. Une mesure de repli tactique pour un régime aux abois, qui craint plus que tout de voir s’évaporer une manne financière dont il dépend pour entretenir son système prédateur.

Par OLBIF

Le 15 juin dernier, le «Directeur général» du Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC), Auguste Mbappe Penda, a dû signer l’acte de capitulation technique, le BESC est suspendu jusqu’à nouvel avis sur les corridors stratégiques desservant le Tchad et la RCA. Après vingt ans d’un racket administratif déguisé en «traçabilité«, ce dispositif, instauré en 2006, tombe enfin sous le poids des critiques légitimes des acteurs économiques de la sous-région, lassés par ce parcours du combattant imposé par la bureaucratie camerounaise.

Un aveu d’impuissance

Cette volte-face, actée lors du récent forum tripartite de N’Djamena, n’est pas le fruit d’une soudaine volonté de facilitation, mais une réponse à une nécessité de survie économique. Yaoundé, dont le port de Douala constitue une vache à lait indispensable pour alimenter les caisses de l’État et satisfaire les appétits insatiables du sérail, sent le vent tourner. Avec 410 milliards de FCFA de recettes annuelles en jeu, le régime ne peut se permettre de voir N’Djamena et Bangui aller voir ailleurs, notamment vers les ports nigérians ou congolais.

C’est donc par pur calcul défensif que Yaoundé tente de colmater la brèche. Le prétexte de «l’interconnexion informatique défaillante» ne dupe personne : il s’agit avant tout d’une manœuvre pour éviter le détournement définitif des flux commerciaux vers des corridors plus compétitifs.

La gabegie reste la règle

Cependant, cette suspension est une victoire en trompe-l’œil. Si le BESC disparaît provisoirement, la réalité du terrain demeure intacte. Sur l’axe Douala-N’Djamena, le calvaire des transporteurs persiste. Entre les tracasseries policières, les contrôles douaniers abusifs et les pratiques de corruption endémiques, l’itinéraire est devenu un véritable coupe-gorge financier.

Pour les opérateurs économiques, la levée d’une simple taxe électronique ne suffit pas à masquer la gangrène structurelle d’un système où chaque agent de l’État se croit tout permis sous le regard complice de sa hiérarchie. Tant que le Cameroun, à l’image de ses voisins autocrates de la zone CEMAC, privilégiera la prédation sur le développement, ces corridors resteront des zones de non-droit. Ce n’est pas une signature au bas d’un communiqué qui mettra fin au racket institutionnalisé, mais bien une refonte profonde d’un modèle de gouvernance que nos peuples, à force de sacrifices, finissent par rejeter en bloc.

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