
Guinée Équatoriale : Comment la dictature utilise le «palu» pour soigner son image à l’international
Share your love
Tandis que le clan Obiang se décerne des médailles de pacotille dans le luxe insolent de Sipopo, le peuple équato-guinéen, lui, continue de crouler sous une pauvreté endémique. Entre chiffres trafiqués et autosatisfaction indécente, le lancement de la « Vision 2030 » contre le paludisme cache mal une réalité brutale : l’argent du pétrole soigne l’image du dictateur, mais ne remplit jamais les assiettes des foyers de Malabo.
Par OLBIF
Le théâtre d’ombres a encore frappé. Ce mardi 24 février 2026, au Centre international de conférences de Sipopo, cette enclave luxueuse bâtie avec la sueur et le sang des contribuables, le régime a mis en scène une nouvelle farce. Selon le Bureau d’information et de presse de la Guinée équatoriale, le pouvoir a lancé en grande pompe la « Stratégie nationale d’élimination du paludisme – Vision 2030 ».
Comme le dit un proverbe de chez nous : « On ne peut pas cacher la fumée quand on a mis le feu à la case ». Et la case Guinée équatoriale brûle d’injustice. En l’absence du patriarche, c’est le subalterne Manuel Osa Nsue, faisant office de Premier ministre, qui est venu ramasser les trophées destinés au « grand maître » de Malabo.
Des médailles de complaisance pour un régime à bout de souffle
Le spectacle a commencé par la remise du prix « Concordia P3 », une relique de 2019 exhumée pour l’occasion. Ce prix, censé récompenser les partenariats public-privé, a été remis par Guillermo García de MCD Global Health. On nous parle de « responsabilité sociale » alors que l’indice de développement humain du pays reste une insulte à sa richesse pétrolière. Comme l’écrivait Frantz Fanon, « l’expression ‘peuple souverain‘ est un concept qui fait rire les exploiteurs ». Ici, les exploiteurs portent des costumes de soie et se congratulent entre eux.
Un second trophée, celui du « meilleur projet de responsabilité sociale », a été exhibé par Frédéric Phipps, représentant de ConocoPhillips. Une ironie tragique : les compagnies pétrolières financent la santé pour se donner bonne conscience pendant que la famille régnante siphonne les caisses de l’État.
La magie des chiffres face à la réalité des quartiers
Le ministre de la Santé, Mitoha Ondo Ayecaba, s’est lancé dans une énumération de statistiques qui feraient pâlir les plus grands magiciens. Citant la SOURCE, le ministre a affirmé une « réduction de 83 % de la prévalence chez les enfants » et une « baisse de 78 % de la mortalité infantile ».
Mais de qui se moque-t-on ? Si ces chiffres étaient vrais, pourquoi nos hôpitaux publics ressemblent-ils toujours à des mouroirs dépourvus de paracétamol et de draps propres ? « Le mensonge peut courir pendant un an, la vérité le rattrape en un jour », enseigne la sagesse africaine. Ces données ne concernent que l’île de Bioko, vitrine dorée du régime, oubliant volontairement la partie continentale où le peuple meurt en silence, loin des caméras de la propagande.
116 millions de dollars : un nouveau banquet pour les amis du pouvoir
Le clou du spectacle reste l’annonce financière. Pour les cinq prochaines années, 116 millions de dollars seront mobilisés. Le gouvernement s’engage à hauteur de 52 millions. Dans un pays où l’opacité est la règle d’or, on sait déjà que cet argent servira davantage à enrichir les « entreprises amies » du clan Obiang qu’à acheter des moustiquaires imprégnées.
Le message du chef de l’État, lu par son messager Osa Nsue, affirmait sans sourciller que « la santé est un pilier essentiel du développement national ». Quelle audace ! En sociologie politique, on appelle cela la « prédation légitimée ». On utilise le jargon du développement pour maintenir un système népotiste où seuls les proches du palais ont accès aux soins de qualité à l’étranger.
Une « Vision 2030 » ou une illusion de plus ?
Alors que les chorales et les danses folkloriques servaient de décorum à Sipopo, le contraste avec la réalité nationale est saisissant. La « Vision 2030 » n’est qu’un slogan de plus, une énième promesse jetée à la figure d’une population qui a faim. En politique, la légitimité ne s’achète pas avec des prix internationaux, elle se gagne par le service au peuple.
Le régime Obiang ne cherche pas à éliminer le paludisme ; il cherche à éliminer toute contestation en se parant des vertus de l’humanitaire. Mais le peuple n’est plus dupe. Derrière les sourires de la « photo de famille » à Sipopo, se cache le visage d’une dictature qui utilise la maladie comme un levier de communication.







