
Zone CEMAC : Le coût du crédit aux PME double en six mois et freine l’investissement
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L’accès au financement pour les petites et moyennes entreprises (PME) en Afrique centrale est devenu un champ de mines. Un rapport de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) révèle une envolée spectaculaire des taux d’intérêt applicables aux crédits bancaires dans la zone CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et RCA) entre le premier et le second trimestre 2025. Le coût du crédit a globalement augmenté, mais l’impact sur les PME est particulièrement brutal, menaçant la croissance et l’emploi dans la sous-région.
Par OLBIF
Le dernier rapport de politique monétaire de la BEAC met en lumière une crise de confiance du secteur bancaire envers le tissu entrepreneurial. Le taux effectif global (TEG) moyen, qui inclut le taux d’intérêt brut majoré des frais et commissions, a subi une hausse généralisée dans la zone. Le TEG moyen global est passé de 10,21 % au premier trimestre à 11,80 % au second trimestre 2025.
Cependant, l’évolution varie fortement selon la catégorie d’emprunteur. Les PME sont, de loin, les victimes principales de cet ajustement brutal. L’indicateur est sans appel : le TEG moyen qui leur est appliqué est passé de 11,41 % au premier trimestre à 23,34 % au second trimestre, soit un doublement des coûts du crédit en l’espace de six mois.
Les particuliers subissent, eux aussi, un renchérissement, mais de façon plus modérée, leur TEG étant passé de 14,93 % à 15,39 %.
La Frilosité bancaire : une question de risque
Cette envolée des taux sur les prêts destinés aux PME n’est pas fortuite. Elle reflète la frilosité croissante des banques commerciales à financer cette catégorie d’acteurs économiques. Les PME sont souvent perçues comme présentant un risque élevé, invoquant des problèmes récurrents de gouvernance interne ou d’insuffisance de garanties solides. Pour les banques, l’augmentation du taux d’intérêt sert de prime de risque, rendant le financement prohibitif pour la majorité des petites et moyennes structures.
À l’inverse, les grandes entreprises, considérées comme des partenaires plus fiables et mieux établis, continuent de bénéficier des meilleures conditions. Leur TEG moyen est même légèrement en baisse, passant de 9,31 % au trimestre précédent à 8,77 % au second trimestre 2025. Cette disparité flagrante est un signe clair de la confiance persistante des institutions bancaires envers les acteurs dominants de l’économie, au détriment des entreprises de taille modeste.
Un frein structurel à la croissance de la CEMAC
La hausse des taux sur les crédits aux PME ne représente pas seulement une difficulté pour les entrepreneurs : elle souligne un frein structurel majeur à l’investissement et à la croissance dans toute la zone CEMAC. Si les petites et moyennes entreprises, pourtant moteurs de l’innovation et principaux créateurs d’emplois, restent pénalisées par de tels coûts, leur capacité à se développer et à contribuer à la diversification économique de la sous-région sera sévèrement limitée.
L’économie camerounaise, et par extension celle de la CEMAC, repose largement sur la vitalité de ce tissu entrepreneurial. La concentration de la confiance bancaire sur les acteurs les mieux établis ne fait qu’accentuer les déséquilibres économiques.
Le véritable enjeu des prochains trimestres sera de savoir si les banques, sous la surveillance de la BEAC, et les pouvoirs publics nationaux — notamment au Cameroun, poids lourd de la zone — parviendront à rééquilibrer ces conditions. Un engagement politique et monétaire fort est nécessaire pour soutenir un tissu entrepreneurial plus large et, par extension, consolider l’économie régionale.







