BEAC : 300 milliards de bénéfices, mais le peuple mange la poussière

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Pendant que les populations de la zone CEMAC croulent sous une inflation galopante et une misère noire, les comptables de nos dictatures se frottent les mains. Réuni à N’Djamena le 6 avril 2026, le Conseil d’administration de la BEAC a affiché un bénéfice insolent de 300 milliards de francs CFA. Un festin de chiffres qui dissimule mal l’échec cuisant des politiques sociales dans une région où l’opacité reste la règle.

Par OLBIF

Le spectacle était bien huilé. Ce 6 avril 2026, les valets des palais présidentiels d’Afrique centrale se sont donné rendez-vous à N’Djamena. Après des années d’absence dans la capitale tchadienne, le Conseil d’administration de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a repris ses quartiers sous la houlette de Tahir Hamid Nguilin, le ministre d’État de la junte tchadienne. Pour ces « serviteurs » qui ne servent que les intérêts d’un clan, notamment celui des Obiang à Malabo, l’heure était à l’auto-congratulation.

Le chiffre est tombé comme un affront : 300 milliards de FCFA de bénéfices nets pour l’exercice 2025. Comment une banque centrale peut-elle se gaver ainsi quand le panier de la ménagère à Malabo, Douala ou Bangui est devenu un panier percé ? C’est la question que ces administrateurs, nommés par des régimes népotistes, évitent de poser. Comme le disait si bien Machiavel dans Le Prince : « Celui qui devient prince d’une cité accoutumée à vivre libre, s’il ne la détruit pas, doit s’attendre à être détruit par elle ». Ici, les cités ne sont pas libres, elles sont saignées à blanc.

Malgré un contexte mondial instable, la zone affiche une croissance de 2,4 %. Un chiffre qui, en réalité, n’est qu’un artifice statistique. En Équateur-Guinée, la richesse ne ruisselle pas ; elle stagne dans les comptes offshores d’une minorité. Les réserves de change, quant à elles, se sont hissées à 4,52 mois d’importations en février 2026. Une « solidité » qui sert surtout à garantir les importations de luxe des caciques du régime, tandis que les hôpitaux manquent de paracétamol.

La stabilité au prix de l’asphyxie

Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a joué sa partition habituelle en jurant qu’aucune dévaluation n’est à l’ordre du jour. Sa politique reste centrée sur le « contrôle de l’inflation » et la « solidité du système financier ». En langage clair : on maintient l’illusion de stabilité pour que les capitaux des dictateurs ne perdent pas de valeur. « La politique monétaire reste axée sur le contrôle de l’inflation et la garantie de la solidité du système financier régional », a déclaré Yvon Sana Bangui, avec le flegme de ceux qui ne connaissent pas la faim.

Le Conseil a également pondu un projet de « code QR communautaire » pour les paiements instantanés. Une innovation technologique bienvenue, certes, mais qui ressemble à un pansement sur une jambe de bois. À quoi sert un QR Code quand le citoyen moyen n’a même pas de quoi charger son téléphone ou de l’argent sur son compte pour scanner quoi que ce soit ?

En clôture de session, Tahir Hamid Nguilin n’a pas tari d’éloges sur la qualité des débats : « Cette session confirme l’ambition de la BEAC de se consolider en tant que pilier de l’intégration économique régionale, en mettant l’accent sur l’inclusion financière… »

L’inclusion financière ? Une sagesse de chez nous le dit bien : « L’œil ne voit pas ce qui se trouve à l’intérieur de la tête ». Ces dignitaires voient des chiffres, mais ignorent la réalité des ventres creux. Le sommet de Brazzaville de janvier 2026 avait déjà réaffirmé cet engagement de façade pour des « réformes structurelles ». Mais dans nos contrées, « réforme » rime trop souvent avec « renforcement de la corruption ».

300 milliards de bénéfices. C’est le prix du sang et de la sueur d’un peuple captif. Tant que la BEAC sera le coffre-fort des satrapes et non le moteur d’un développement réel, ces réunions à N’Djamena ou ailleurs ne seront que des banquets de vautours sur le cadavre de nos économies nationales. Comme l’écrivait le sociologue C. Wright Mills, nous sommes face à une « élite de pouvoir » qui décide de tout sans jamais rendre de comptes à personne. Jusqu’à quand ?

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