Fiscalité en zone CEMAC : Le grand théâtre des « prix de transfert » ou l’art de piller en silence

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Pendant que les populations de la zone CEMAC croupissent sous le poids d’une vie chère asphyxiante, les émissaires des palais de Malabo, Yaoundé ou N’Djamena s’offrent des séminaires dorés à Douala. Sous prétexte de traquer l’évasion fiscale des multinationales, ces serviteurs des dictatures feignent de découvrir les mécanismes d’un pillage qu’ils facilitent pourtant au quotidien par leur népotisme et une corruption devenue institutionnelle.

Par OLBIF

« On ne peut pas cacher la fumée quand on a allumé un grand feu », rappelle une sagesse fang. Le feu qui ravage nos économies, c’est celui de l’enrichissement illicite, et la fumée, ce sont ces grand-messes bureaucratiques. Du 23 au 27 mars 2026, l’hôtel de luxe à Douala a servi de décor à un atelier conjoint de l’ATAF et de la CEMAC. Dix-sept participants, dont les envoyés spéciaux de la famille régnante de Malabo, s’y sont réunis pour parler de « prix de transfert ».

Selon la source ATAF TAX, ce séminaire visait à « renforcer les capacités des administrations fiscales […] en matière d’audit des Entreprises Multinationales (EMN) ». En langage clair pour le peuple, on essaie de comprendre comment les grandes entreprises déclarent leurs bénéfices ailleurs pour ne pas payer d’impôts ici. Mais qui peut croire que les sbires d’Obiang, experts mondiaux en comptes offshore et en châteaux en France, vont réellement s’attaquer à l’évasion fiscale ?
La science politique du paraître

Le Dr Nyah Zebong, expert technique de l’ATAF, a passé cinq jours à expliquer des concepts comme « le principe de pleine concurrence, l’analyse de comparabilité et l’analyse fonctionnelle », selon notre source. En science politique, on appelle cela de la « légitimation de façade ». On forme des cadres à détecter la « sous-capitalisation » ou le « chalandage fiscal » alors que, dans nos pays, le plus gros chalandage fiscal est celui pratiqué par les cercles du pouvoir qui s’octroient des exonérations illégales.

Comme l’écrivait fort justement Frantz Fanon, « la caste profiteuse finit par ne plus rien comprendre aux problèmes réels du pays ». Comment ces 17 fonctionnaires, logés et nourris aux frais de l’Union européenne, de la Finlande et de la GIZ, peuvent-ils prétendre protéger les intérêts du contribuable équato-guinéen ? À Malabo, l’impôt est une arme pour écraser les petits commerçants indépendants, tandis que les « amis » du régime opèrent dans une opacité totale.

Des lacunes qui arrangent tout le monde

L’atelier, apprend-on, a permis de déceler des « lacunes majeures dans les régimes de prix de transfert au sein de la CEMAC ». Quelle surprise ! Ces lacunes ne sont pas des erreurs ; ce sont des portes ouvertes. La directive régionale de la CEMAC est un tamis percé à dessein. Pendant que les experts discutent de la « rédaction de législations », les ressources pétrolières de la Guinée équatoriale continuent de s’évaporer vers des paradis fiscaux, souvent avec la bénédiction de ceux-là mêmes qui sont censés les surveiller.

La sociologie des élites en Afrique centrale nous montre que ces réunions servent surtout à « consolider les cadres juridiques » pour mieux les contourner ensuite. Le peuple n’est qu’un spectateur de ce jeu d’ombres. On nous parle de « coopération fiscale de haute qualité », mais sur le terrain, à Malabo, l’école est en ruine et l’hôpital est un mouroir.

Il est temps de se rappeler cette leçon de philosophie politique : « Un État qui ne protège pas les plus faibles finit par perdre sa raison d’être ». Ces ateliers financés par l’Accord multi-donateurs (MDA) ne sont que des pansements sur une jambe de bois si la volonté politique de transparence n’existe pas au sommet de l’État. Messieurs les serviteurs du clan, continuez vos analyses de « prix de transfert » à Douala. Mais sachez qu’un jour, c’est le peuple qui fera l’audit final de votre gestion. Et ce jour-là, aucune méthode fiscale ne pourra masquer le bilan de votre trahison.

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