
Blanchiment et mines : Les silences coupables de l’accord BEAC-BCC
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Sous les dorures du palais présidentiel de Kinshasa, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, et Félix Tshisekedi ont scellé, ce 2 mars 2026, un pacte de coopération monétaire. Si le discours officiel vante l’intégration et la stabilité, ce rapprochement entre deux places financières gangrénées par l’opacité soulève de lourdes inquiétudes sur la gestion des revenus extractifs et la lutte contre les flux illicites.
Par OLBIF
C’est une rencontre qui fleure bon l’entre-soi des sommets. Le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, s’est rendu à Kinshasa pour, officiellement, « présenter ses respects » et ses vœux de nouvel an à Félix Tshisekedi. Mais au-delà des civilités de façade rapportées par le Bureau d’Information et de Presse de la Guinée Équatoriale, l’ordre du jour cachait des enjeux bien plus sombres.
Au cœur des échanges figurait le projet de l’Institut monétaire africain (IMA) à Abuja. On nous présente cette structure comme le laboratoire technique de la future Banque centrale africaine. Pour nous, journalistes indépendants, l’IMA n’est qu’un énième garage pour technocrates en mal de per diem, une « étape préliminaire » qui sert surtout à retarder les véritables réformes structurelles dont nos populations ont besoin. En philosophie politique, on parlerait de « l’art de tout changer pour que rien ne change ».
Blanchiment : Le loup dans la bergerie
Le clou du spectacle reste l’accord-cadre de coopération entre la BEAC et la Banque centrale du Congo (BCC). La source officielle, le Bureau d’Information, nous explique doctement que cet accord vise la « lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme ». Quel cynisme ! Comment ces deux institutions, dont les États membres sont régulièrement épinglés pour les circuits financiers occultes de leurs élites, peuvent-elles prétendre assainir le système ?
En RDC comme en Guinée équatoriale, les mines et le pétrole sont les mamelles d’un enrichissement illicite qui ne dit pas son nom. Parler de « confidentialité et de cadres juridiques » pour l’échange de données ressemble fort à un pacte de silence : on s’échange des informations pour mieux savoir ce qu’il faut cacher au regard du peuple. Comme le dit le proverbe : « Le singe ne dit pas que la forêt brûle, il change de branche ».
Le mirage de la ZLECAf et du PAPSS
Le président Tshisekedi a profité de l’occasion pour réclamer une « architecture financière solide » pour la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf). Il exhorte les banques centrales à harmoniser les politiques de change. Mais de quelle monnaie parle-t-on ? D’un côté, un Franc CFA arrimé à l’Euro, et de l’autre, un Franc congolais en chute libre.
Yvon Sana Bangui a mentionné l’adhésion de la BEAC au Système panafricain de paiements (PAPSS) comme une « étape cruciale ». En réalité, sans une véritable volonté politique de briser les monopoles des clans au pouvoir sur les ressources naturelles, ces systèmes de paiement ne serviront qu’à accélérer la fuite des capitaux vers des cieux plus cléments.
La convergence de la vulnérabilité
Le gouverneur a fini par lâcher un aveu de taille : la BEAC et la BCC se ressemblent par leur « structure économique comparable », dépendante des mines, du pétrole et des forêts. C’est la convergence de la vulnérabilité. Nos économies sont des colosses aux pieds d’argile, incapables de transformer leurs propres ressources.
Cet accord de Kinshasa, loin d’être le moteur de développement vanté par la source officielle, ressemble à une manœuvre de diversion. Pendant que les banquiers trinquent à la « convergence macroéconomique », les minerais continuent de sortir de nos terres par des circuits que cet accord se gardera bien de documenter.
Comme l’écrivait le sociologue C. Wright Mills, les « élites du pouvoir » n’ont que faire de l’intérêt général quand leurs propres intérêts sont en jeu. Ce 2 mars 2026, à Kinshasa, on a scellé le sort du peuple avec une plume d’or, tout en gardant le silence sur les crimes financiers qui affament la sous-région.







