Façade de l’immeuble du 40-42 avenue Foch à Paris, au cœur de l’affaire des biens mal acquis

Affaire des biens mal acquis : Teodorin menace Paris, le régime d’Obiang joue la carte de Tica

Condamné pour détournement de fonds publics, Teodorin menace de rompre avec Paris pour sauver l’immeuble de l’avenue Foch. Le régime agite l’école navale de Tica.

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La vente de l’immeuble du 40-42 avenue Foch, à Paris, ravive le bras de fer entre la France et la Guinée équatoriale. Condamné dans une affaire de détournement de fonds publics, Teodoro Nguema Obiang Mangue dénonce une vente qu’il juge illégale et brandit la menace de représailles diplomatiques. À Malabo, l’école navale de Tica pourrait devenir un moyen de pression sur Paris.

Par OLBIF

Un immeuble parisien vaut-il une crise diplomatique entre deux États ? Pour le pouvoir équato-guinéen, le dossier du 40-42 avenue Foch dépasse désormais la seule question immobilière. La mise en vente de ce bien, définitivement confisqué par la justice française dans le cadre de l’affaire des biens mal acquis, oppose une nouvelle fois Malabo à Paris et fait planer la menace d’une remise en cause de leur coopération.

L’ancien propriétaire de l’immeuble, champion attitré du «sport de corruption» en Guinée Équatoriale, Teodoro Nguema Obiang Mangue, dit Teodorin, fils du vieux despote Teodoro Obiang Nguema Mbasogo avec qui, il dirige le pays comme une vraie épicerie familiale, a osé dénoncer une vente « illégale », qualifiée d’« acte unilatéral et hostile ». Sur le réseau social X, il a également évoqué la possibilité de mesures souveraines pouvant aller jusqu’à la rupture des relations diplomatiques. Ces déclarations, rapportées par l’AFP, interviennent alors que la procédure de cession suit son cours.

Un patrimoine de luxe au cœur d’une affaire judiciaire

Situé dans le très chic XVIe arrondissement de Paris, l’immeuble compte 106 pièces sur environ 4 000 mètres carrés. Il comprend notamment des salons, une discothèque, un cinéma et des espaces de loisirs. Transformé en ambassade de Guinée équatoriale au début des années 2010, alors que les procédures judiciaires étaient déjà engagées, le bâtiment est devenu l’un des symboles de cette affaire.

En 2021, la confiscation du bien est devenue définitive en France. La même année, la condamnation de Teodorin à trois ans de prison avec sursis et à 30 millions d’euros d’amende a été confirmée pour abus de confiance, abus de biens sociaux, blanchiment et détournement de fonds publics. Selon les décisions judiciaires françaises rapportées par l’AFP, ses dépenses de luxe étaient disproportionnées par rapport à ses revenus officiels.

Pour Malabo, la question porte désormais sur la légalité de la confiscation et sur le sort du produit de la vente. La Guinée équatoriale sous l’impulsion du clan Obiang qui ne veut pas perdre la face, a engagé une procédure devant la Cour internationale de Justice (CIJ), en invoquant notamment la Convention des Nations unies contre la corruption. Mais en octobre 2022, la Cour a rejeté sa demande de mesures conservatoires visant à empêcher la mise en vente de l’immeuble. Cette décision ne constitue toutefois pas un jugement définitif sur l’ensemble du différend.

Tica, les terrains français et la menace de représailles

Selon une source proche des autorités équato-guinéennes citée par l’AFP, Malabo étudie des mesures de rétorsion, notamment la dénonciation d’un accord permettant à la France d’utiliser gratuitement, pour une durée de cinquante ans renouvelable, deux terrains situés à Malabo et à Bata. Le premier accueille l’ambassade française et le second la Maison de la francophonie.

Autre levier évoqué : l’école navale du port de Tica, issue d’un programme de coopération militaire franco-équato-guinéen et destinée à la formation de marines de la région. Une éventuelle fermeture de cette structure fragiliserait un volet concret de la coopération entre les deux pays. Elle pourrait également ouvrir un espace à d’autres partenaires étrangers, dans une région où la Chine est déjà présente, selon l’analyse de Sophie Quintin, spécialiste de la sécurité maritime en Afrique de l’Ouest.

Paris cherche, de son côté, à éviter une escalade. Une source gouvernementale française citée par l’AFP rappelle que la justice française est indépendante et que l’exécutif ne peut pas décider à sa place dans ce dossier. Les autorités françaises souhaitent également éviter une expulsion forcée des diplomates encore présents dans l’immeuble, une perspective qui pourrait aggraver les tensions bilatérales.

Qui bénéficiera réellement de la vente ?

L’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués (Agrasc) a lancé la commercialisation du bien en juin 2026. Selon les informations communiquées à l’AFP le 13 octobre, quinze dossiers de candidature avaient été reçus. La signature de la vente est prévue au plus tard le 23 décembre.

L’agence doit également s’assurer de la solidité financière des candidats et du respect des règles de lutte contre le blanchiment. L’objectif est notamment d’éviter que l’ancien propriétaire puisse récupérer indirectement l’immeuble par l’intermédiaire d’un prête-nom.

Au-delà du bras de fer diplomatique, une question demeure : à qui profitera finalement l’argent issu de la vente ? Le débat prend une dimension particulière dans un pays où, selon les données de la Banque africaine de développement citées par l’AFP, 50,7 % de la population vivait sous le seuil national de pauvreté en 2024.

Le dossier de l’avenue Foch ne concerne donc pas seulement le sort d’un immeuble de prestige. Il renvoie aussi à la responsabilité des autorités dans la gestion des ressources publiques et à la nécessité de garantir que les avoirs issus d’infractions financières profitent effectivement aux populations concernées. Partagé entre menaces diplomatiques, coopération militaire et bataille judiciaire, le pouvoir de Malabo s’agite, et devra désormais préciser jusqu’où il entend aller pour défendre ses revendications, qui visent surtout à laver son visage ridé par les détournements et la corruption du clan Obiang au pouvoir, aux dépens des populations.

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