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Achille Mbembe brise le silence sur la souveraineté monétaire en Afrique centrale. Le philosophe dénonce des dictatures qui défendent le statu quo du franc CFA pour préserver leur pouvoir et leurs privilèges.
Pour Achille Mbembe, la souveraineté monétaire reste un sujet interdit en Afrique centrale, étouffé par des « régimes ténébreux d’un autre âge ». Une dénonciation sans appel qui expose la faillite politique de dictatures comme celle de Malabo, hostiles à toute liberté et à toute véritable émancipation économique.
Par OLBIF
Il y a des vérités qui blessent les tyrans. Interrogé récemment par le média SenePlus, le célèbre philosophe et historien camerounais Achille Mbembe n’a pas pris de gants pour décrire la réalité de notre sous-région. Qualifiant l’Afrique centrale de véritable « cœur des ténèbres de la politique africaine », l’intellectuel met le doigt là où ça fait mal, le silence assourdissant de nos pays face au débat sur la fin du franc CFA n’est pas le fruit du hasard. Il est le produit direct de systèmes politiques verrouillés, archaïques et profondément hostiles au bien-être de leurs populations.
Pendant que l’Afrique de l’Ouest bouge, portée par une société civile vibrante et un espace public où la jeunesse ose bousculer les lignes, l’Afrique centrale fait du surplace. Pourquoi ? Parce que les potentats qui confisquent le pouvoir de Douala à Malabo se complaisent dans la vassalité. Pour ces élites corrompues et népotistes, le statu quo monétaire est une police d’assurance politique.
La peur panique de la liberté
Dans les officines de Malabo comme dans les autres capitales de la zone CEMAC, parler de souveraineté monétaire relève du crime de lèse-majesté. Comment des dirigeants illégitimes, dont la seule boussole est le pillage des ressources nationales et la perpétuation de clans familiaux, pourraient-ils se soucier d’une monnaie au service du peuple ? Un véritable débat sur la souveraineté économique suppose des citoyens libres, instruits et audacieux. Or, les autocrates qui régissent nos destins redoutent par-dessus tout l’éveil d’une conscience civique panafricaine.
Mbembe le rappelle avec force, seule une monnaie continentale africaine, pensée pour l’intégration et l’affranchissement des vieilles tutelles coloniales, pourra briser ces chaînes. Mais pour cela, il faudra d’abord balayer les despotes locaux qui s’accrochent à leurs privilèges d’un autre siècle.
À l’heure où l’Afrique cherche à s’inventer un avenir souverain, une évidence s’impose : on ne bâtira jamais une monnaie de la liberté avec des dirigeants qui ont érigé l’oppression et le pillage en système de gouvernement.