
CEEAC : Quand le renard Obiang prêche l’intégrité aux poules
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Tandis que le peuple de Guinée équatoriale s’enfonce dans une misère structurelle, le Palais du Peuple de Malabo a servi de théâtre, ce 2 mars 2026, à une énième mise en scène de la «grande famille» régionale. Sous l’égide d’Obiang Nguema, les nouveaux pions de la CEEAC ont prêté serment. Un rituel d’apparat où l’on prône l’intégrité là où règnent le népotisme et l’enrichissement illicite.
Par OLBIF
C’est un spectacle que les citoyens de la sous-région ne connaissent que trop bien : des dorures, des tapis rouges et des discours mielleux sur la «bonne gouvernance» prononcés par ceux-là mêmes qui l’ont assassinée. Ce lundi 2 mars, le patriarche de Malabo, Obiang Nguema Mbasogo, que les services de propagande s’obstinent à nommer « Son Excellence » malgré un bilan social exsangue, a présidé l’assermentation des nouveaux membres de la Commission de la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC).
Selon le Bureau d’Information et de Presse de la Guinée Équatoriale, la source officielle de cette hagiographie, le «Chef de l’État» a exhorté ces nouveaux fonctionnaires à faire de l’intégrité leur « boussole ». Quelle ironie tragique ! Entendre parler d’intégrité dans l’enceinte d’un régime qui a érigé la corruption en sport national et le népotisme en mode de succession, c’est un peu comme si un renard prêchait la sécurité du poulailler. Comme le dit un proverbe de chez nous : « La chèvre broute là où elle est attachée », et dans le système Obiang, la corde est très courte et le pâturage appartient exclusivement au clan.
Un casting de l’entre-soi régional
Le processus, entamé lors de la session extraordinaire du 24 janvier tenue par visioconférence, a abouti à la nomination de figures qui, pour le citoyen lambda, ne sont que des technocrates au service des palais. On y retrouve Maria Mahama Chou (Tchad) à la vice-présidence, le général Babalo Mosaine Marceli (Gabon), car il faut bien des uniformes pour sécuriser les privilèges, aux affaires politiques, ou encore Barakken Eleme (Cameroun) au développement humain.
Lucas Abaga Nchama, fidèle parmi les fidèles et ministre de l’Intégration de Malabo, a présenté le rapport validant ces nominations. En science politique, on appelle cela la « circulation des élites », mais ici, c’est plutôt une « rotation des complices ». Pour ces privilégiés, la CEEAC n’est pas un moteur d’intégration pour le peuple, mais une sinécure dorée où l’on recycle l’influence des régimes autoritaires de la zone.
La rhétorique du vide
Le discours d’Obiang, rapporté par la source officielle, est un chef-d’œuvre de cynisme politique. Il a rappelé que la collégialité est une « méthode de travail exigeante, fondée sur l’écoute (…) et la recherche constante du bien-être de la communauté ». De quelle communauté parle-t-on ? De celle des mères de Malabo qui n’ont pas d’eau potable ? De celle des jeunes diplômés de Libreville ou de Douala condamnés au chômage pendant que les fils «de» collectionnent les voitures de luxe à Paris ou Dubaï ?
Max Weber expliquait que l’État est une entreprise politique de caractère institutionnel qui revendique le monopole de la violence physique légitime. En Afrique Centrale, nos régimes y ont ajouté le monopole du vol légitime. Quand Obiang déclare que « nul ne peut se retrancher derrière l’institution pour justifier une violation des principes », il oublie que dans nos «républiques bananières«, l’institution c’est lui, et sa famille c’est l’État.
L’urgence de la façade
Le président en exercice de la CEEAC a martelé que l’institution traverse une « phase décisive » pour l’amélioration des conditions de vie. Ces mots sonnent creux. Les chiffres de la Banque Mondiale et du PNUD sont pourtant têtus : la zone CEEAC reste l’une des moins intégrées au monde, avec des infrastructures en ruine et un indice de développement humain catastrophique, malgré des sous-sols gorgés de pétrole et de minerais.
La réalité, loin des caméras du Bureau d’Information, c’est que ce serment n’est contraignant que pour ceux qui n’ont pas de parrain. Pour les autres, c’est un ticket pour le banquet. Comme le dit le philosophe politique Étienne de La Boétie, « ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ». Ce 2 mars 2026 ne fut qu’un jour de plus dans la longue agonie de l’espoir régional, une cérémonie où l’on a juré de servir le peuple tout en se préparant, une fois de plus, à se servir soi-même.
Le peuple regarde, attend, et n’oublie rien. La boussole d’Obiang est peut-être dorée, mais elle a perdu le Nord depuis bien longtemps.











